Sadique Master Festival 2018 par Louise Rosier

Ma première entrevue avec le cinéma de genre horrifique s'est tenu via des classiques types 3 extrêmes, Martyrs et The Human Centipede, sans vraiment me faire prendre par un genre qui peut vite virer à l'excès  dans la noirceur, le gore, sans réellement de profondeur et sans marquer plus que çà mon esprit. Mais ce que propose Le Sadique Master Festival, c'est une immersion totale dans les esprits les plus dérangés, et sans tabous, sans limite, mais avec un propos, des revendications, et une violence certes, mais pas gratuite. 

Parmi l'ensemble des 12 films courts, moyens et longs confondus dans l'ordre de la programmation officielle (avec quelques extra croquants d’entremets humoristiques des bandes annonces du festival), ceux qui m'ont touchée, remuée, fascinée. 

Palmarès perso :

DIS (2017) Adrian Corona

Qui se risque a faire l'ouverture et qui nous emmène dans une balade dans les bois dont on ne revient pas indemne, sorcellerie, ésotérisme, torture, folie. La performance de l'acteur est à saluer, on s'immerge immédiatement dans l'ambiance à la fois chaleureuse et dérangeante de la salle noire !


Les fines bouches (2016) Julien de Volte et Arnaud Tabarly
Un brin d'humour et de brutalité subtile, une surprise à l'esprit plus enfantin, qui nous ferait presque oublier l'ambiance générale, mais avec ce soupçon de ce qu'il faut pour quand même s'acclimater. Un gros coup de cœur pour mon esprit enfantin et mon affection pour Shaun of the deadn'en déplaisent aux plus subversifs d'entre vous.

Dare Divas (2018) de Kasper Juhl
Sur un fond très actuel, à l'heure où les réseaux sociaux s’insèrent dans le marché du travail en créant des carrières basées sur du contenu futile, on apprécie et découvre un film qui remet en place l'inutilité latente de ces stars d'un jour et prouvent qu'on a encore de belles histoires de faits divers gores induits par des psychopathes devant nous. Pour le réalisme de l'ambiance malgré un côté prévisible et la photographie sublime, perdez vous dans ce voyage jusqu'au bout de la mort.

Cat sick blues (2015) de Dave Jackson + Man dog man (2017) de Jax McMullin Condo
Combo d'obsession anthropomorphique et de domination soumission extrême, voila deux films jubilatoires et réalisés avec brio, honnêteté, la juste dose d'absurdités, de troubles obsessionnels compulsifs et d'effets spéciaux vs/la caméra à l'épaule ! Le premier nous immerge totalement dans la folie multiple de ses personnages obsédés par l'apparence et par la mort, le manque affectif.


Le second rappellera des bons souvenirs à ceux qui n'ont pas peur d'assumer leur part de déviances sexuelles et l'animal en eux. Jusqu'au dénouement évidemment tragique et forcément attendu, même si on aimerait que jamais ça s'arrête. 

Torment (2018) de Adam Ford
Si on voulait dépasser le guide des pires phobies humaines, qui me laisse personnellement froide d'empathie et m'excitent, on aurait la le chef d'œuvre, a quelques faiblesses prêt. Remuant de sadisme gratuit, réel et non consenti, l'immersion est abrupte, le climax mystérieux. On a envie de se poser des questions sur le sens, et quelque part la frustration n'est pas déplaisante.

Dead hands dig deep (2016) de Jai love 
Changement de cap, pour LE documentaire du festival. Mêlant attendrissement envers un humain sincère et immersion dans le white trash américain, vivant d’extrémismes en tout genre et connaissant les dérives de la drogue et du combat de rue, on peut enfin un peu danser intérieurement au cœur d'une bande son et d'une histoire brutale autour d'un groupe de musique métal, qui inviterait presque au pogo et mushpit  (NDLR : pogo plus violent) et nous fait ouvrir les yeux.

The Defiler (2017) de Artturi Rosten, 
Un peu de tendresse dans ce déferlement de viols et perversions allant de plus en plus loin ! Soudainement on est a nouveau happés par un film tout public, à l'aspect à la fois rétro et futuriste, sur fond de prostitution et d’ésotérisme, avec une pointe de saphisme pour revenir à des désirs plus basiques que du porno-gore. Un bon moyen d'échapper un instant aux univers glauques et salvateurs, pour à la fois un répit et un moment de douceur et un message girl-power de féminisme pro-sexe, même si on sent bien le second degré dans les revendications qui vont dans tous les sens.


POUR CONCLURE CES TROIS JOURS INTENSES :

Deepweb XXX (2018) de Domiziano Cristopharo, Sam Mason Bell, Elisa Carrera Fumagalli, Martyna Madej, Davide Pesca, Jason Impey, Emanuele Marchetto.

Et là encore, j'ai été séduite. On n'aurait pas pu imaginer meilleure fin. Le jeu consiste à regarder des vidéos de torture pure et simple, induite par un collectif qui pousse à l'extrême violence pornographique et au décès à travers une mort lente et douloureuse. Clairement léché cinématographiquement, le réalisateur nous tient quand même en haleine sur des scènes qu'on peut s'imaginer traverser au détour d'un club BDSM où en se faisant enlever dans la rue. Et au lieu de nous guider vers le repli, ça donne envie d'explorer les tréfonds du danger.

En résumé, on se fait bousculer sur toutes nos convictions et arracher de notre zone de confort. Ce festival permet de se libérer de toutes les protections qu'on met en place pour ne pas se faire heurter par l'hypocrisie sociale.  Être soi même, dans un genre de cocon où la violence visuelle des films nous met au pied du mur et nous fait vraiment respirer, nous permet un espace de liberté pour extraire nos ambivalences et échapper à la morale

Le Sadique Master Festival est plus qu'une immersion dans un genre cinématographique particulier, il propose une diversité de choix dans les films programmés, qui peuvent toucher autant du grand public que des amateurs du genre. On rencontre des gens d'expérience et des newbies (comme moi), dans la joie, la bonne humeur, la bienveillance et les boyaux.



De quoi s'ouvrir l'esprit et se cultiver au milieu des tourmentes fictionnelles où réelles de nos vies. L'organisation du festival, qu'on doit à Tinam Bordage et son équipe, intensifie encore cette bonne expérience, qui permet d'apprécier mieux le quotidien et la routine quand on en sort, un souvenir à renouveler chaque année au cinéma  Les 5 Caumartins

A l'année prochaine.



Louise Rosier photographe 
et activiste en Art Massif