Sadique Master Festival 2018 : Review complète par U+06e9


Sadique Master Festival 2018 : Review complète 
par U+06e9

C’était donc le weekend end du 9 au 11 mars 2018 que se tenait la 4ème édition du Sadique Master Festival au cinéma Les 5 Caumartin, festival dédié au cinéma gore, expérimental, déviant et extrême. C’est ainsi que sur trois jours (deux soirs et une nuit), ont défilé des œuvres courtes, moyennes, longues, ainsi qu’une performance artistique à La Cantada II, pour tous les goûts, et toutes les préférences ; œuvres que l’on va décortiquer chronologiquement dans ces lignes.

Vendredi 9 Mars


Arrivé de bonne heure, j’y suis alors que les derniers préparatifs s’achèvent (un stand de vente de DVD's aux noms et pochettes toutes plus étranges les unes que les autres), ainsi que le stand dédié aux contreparties Ulule des contributeurs au financement de l’événement (un regret me prend alors, les seules affiches du festival étant réservées à ces contributeurs). Je sirote une petite bière en attendant l’ouverture, les portes s’ouvrent, nous pouvons enfin pénétrer dans l’antre du diable.




C’est alors que l’organisateur du festival, Tinam Bordage, nous annonce le début du festival ainsi que le jury de celui-ci : Eric Falardeau (réalisateur de Thanatamorphose), Jérôme Vandewattyne (réalisateur de Split’n Split) et Kasper Juhl (réalisateur de Gudsforladt) tout en annonçant la suite de la soirée. 

La séance (et le festival, donc) s’ouvre après quelques teasers et spots promo de No Reason, qui inaugureront traditionnellement chaque tronçon filmique) sur Night of living sluts de Mathieu Morel. Le court métrage dilue un bon paquet d’influences (la découpe en plusieurs parties quasi indépendantes aidant à cela), les segments tantôt trash à souhait (une scène d’orgie zombie en pleine rue) ou décalés à outrance - une pub cheap pour un robot sexuel (?) - le tout sur une trame impliquant des zombies assoiffés non pas de sang mais de sexe avec tout ce qui bouge. Original, et surprenante entrée en matière. 



Le long métrage qui suit, DIS de Adrian Corona, est quant à lui beaucoup plus sombre. Réécriture sur le thème de la mandragore, empruntant à diverses formes d’occultisme, pour proposer un conte horrifique contemplatif, à mi-chemin entre un Tarkovski et un Guillermo Del Toro à ses débuts, en beaucoup plus glauque et tordu bien entendu. Ainsi notre mandragore des temps moderne récolte la semence de ses victimes (hommes ou femmes), puis le personnage que nous suivons finit au cœur d’un rituel impliquant une sorcière qui s’avère du coup, relativement effrayante. Une réussite tant par le style, l’écriture, et le l’imagerie utilisée, ultra esthétique et prenante, un de mes coups de cœur du festival.



S’en suit un entracte annonçant une sélection de courts et moyens métrages. Les Fines Bouches de Julien de Volte et Arnaud Tabarly fait suite à la déroutante expérimentation (intéressante bien que courte, 4 minutes) Eternal Craving of Neon Limbonic Climax de Frederick Maheux et nous présente la vie de famille peu ordinaire de zombies, en quête de nourriture et aux prises avec certaines tensions familiales; surprise appréciable bien qu’on aurait probablement espéré plus de bidoche (une magnifique scène de banquet permet quand même d’avoir bonne dose de grotesque morbide). S’en suit le moyen métrage Dare Divas de Kasper Juhl, found footage (en tout cas filmé comme tel) assez conventionnel à base auto-stoppeuses mention youtube et de mecs relativement bizarres (et dérangés) jusqu’à son final qui réserve somme toute une bonne surprise.



Le dernier métrage de la soirée, Et le diable rit avec moi de Rémy Barbe, par contre, se place aisément parmi mes coups de cœurs de ces trois jours avec son histoire rétro sans l’être, de rituel satanique dans un univers de porno obscur sur cassettes. Une œuvre qui, faisant office de film de fin d’études du bonhomme, se permet la transgression, la grandiloquence et la folie tout en restant esthétiquement beau et pointu, une réussite (suivie d’une discussion for sympathique avec le réalisateur à la sortie du cinéma) qui clôture en beauté cette première journée.

Samedi 10 Mars


La journée commence avec une nouveauté du Sadique Master, une performance artistique de Realistic FX à La Cantada II. Des énergumènes autour d’un type allongé (recouvert d’une prothèse pour la performance) se livrent à divers exaction sur le corps le vidant de ses tripes les faisant consommer à des spectateurs triés sur le volet, divertissant bien qu’on apprécie la place de simple spectateur passif (bien que, bien entendu, le tout soit simulé), ça découpe, ça bouffe (ce qui ressemble a de la viande crue, et donc ne doit tout de même pas être ragoutant), ça gerbe (à se demander le nombre d’estomacs que le type possède pour tenir aussi longtemps). Quelques personnes s’approchent en fin de performance, intrigués, pour venir tâter la boucherie et féliciter le maître de cérémonie. Retour au cinéma, la nuit n’attend pas (et on imagine que la personne jouant les cadavres aimerait bien se dégourdir les jambes).

S’en suit donc la nuit de films, après une présentation suivie d’un traditionnel teaser et d’un court de No Reason, on entame avec le court métrage Man dog man de JaxMcMullin Condo, poésie déviante autour d’un homme et de son « chien » (un homme jouant les chiens) non sans émotion ni surprise, belle entrée en matière pour le film suivant, Cat sick blues de Dave Jackson, un film singulier oscillant entre humour gore décalé (le type se balade quand même avec une énorme réplique de pénis de chat) et meurtres en série plutôt sérieux. L’histoire d’un homme qui dévasté par la mort de son chat décide d’en devenir l’incarnation et de récolter le sang de 9 personnes (pour les 9 vies du chat) et de ramener son matou décédé à la vie. Bien réalisé et raconté on reprochera une séance de « mais c’était un rêve » un peu inutile et une balance entre deux tons qui ne choisit pas son rythme, mais le résultat est un film marquant qui se laisse tout à fait apprécier.



Le long suivant, Torment de Adam Ford, constitue mon plus gros coup de cœur du festival, Une plongée intense dans la déviance et le sadisme d’un tueur d’hommes homosexuels inspiré de John Wayne Gacy. C’est sale, dérangeant, tordu, tendre (oui, vraiment), déshumanisant (le film étant sans dialogues, et se composant quasi exclusivement d’onomatopées), le tueur déshumanisant ses victimes, et se déshumanisant lui-même, de diverses manières. La fin laisse perplexe et le film divise beaucoup à la sortie de la salle, certaines personnes passant à coté de cette contemplation déviante et de sa poésie malsaine, particulièrement réussie.

Le diptyque suivant annonce Visions of suffering – final director’scut de Andrey Iskanov (réalisateur du culte Philosophy of a knife). Le film fait suite à un court métrage, Autopsy Lights de Pierre-Luc Vaillancourt, totalement oubliable (sorte de porno pseudo déviant sous néon à base d’anguille, de pied de porc et d’effets visuels cheap, en plus d’être un cauchemar pour tout épileptique qui se respecte). Visions of suffering s’ouvre sur un générique démontrant de la maestria de Iskanov au montage, et ce pendant 10 minutes ; œuvre inclassable, c’est tout un univers visuel et sonore dans lequel on entre, une œuvre totale (on regrettera cependant quelques incursions d’images propres, qui, même si elles sont justifiées, rompent avec l’esthétique bleuâtre et cauchemardesque du film). Toujours est-il que l’œuvre d’Iskanov demeure incroyable dans tous les sens du terme, et qu’elle ne laisse pas indifférent. Le cauchemar s’achève sur une teinte surnaturelle alliant paranormal et réalisme. Cela nous ramène à la réalité, qui, les portes s’ouvrant, nous laisse s’évader dans un sommeil plus que mérité à cette heure tardive.

Dimanche 11 mars


Arrivée à 18h au cinéma pour es 3 dernières projections (la projection de DeepwebXXX ayant été repoussée, faute de temps pendant la nuit. On entame la fin de ce marathon avec un moyen métrage plus que singulier, The Defiler de Artturi Rosten. Dans un univers cyberpunk synthwave à gogo, une femme met en pratique sa vengeance pour retrouver son amante, et les têtes sautent, c’est gore, c’est kitsch, ça se regarderait bien bourré à 3 heures du matin avec des potes, c’est parfait en son genre. S’en suit le documentaire Dead hands digdeep de Jai Love sur le chanteur de Kettle Cadaver, Edwin Borsheim, être de tous les extrêmes et de toutes les déviances qui, fasciné par le fait de « faire ce qui est réel » pousse le concept au delà des limites habituellement considérées par le monde (le type se crucifie la bite, au calme), pratiquant ses exactions autant sur la scène qu’en dehors (au point d’être l’auteur d’un des plus courts concerts de l’histoire). La plongée dans la folie d’un homme (ou d’une femme, je vous arrête tout de suite) s’accompagne souvent d’une certaine fascination tant les raisonnements de ces personnes suivent une logique qui bien qu’étant la leur, peut s’avérer imparable, et c’est le cas ici, bien que je tienne pour ma part à mon organe sexuel (je vous rassure). 


La dernière séance nous amène dans un simulacre des déviances du dark web, Deepweb XXX, une anthologie de plusieurs courts métrages suivant un homme consultant un site de vidéos extrêmes. En demi-teinte, le film se contente de vulgaires fétiches et autres délires BDSM hardcore dans sa première partie, faisant plus sourire qu’autre chose, là ou dans sa deuxième moitié, l’œuvre prend une tournure beaucoup plus malsaine et malaisante (à base de drogue en donnant pour tous les goûts (des filles mineures, du sang, des morts, du scato, et du vomis à gogo) ou de food porn finissant par des punaises pour un résultat des plus gore), pour terminer sa visite guidée par un homme se découpant le pénis (un homme dans la salle lui hurle de le manger, ça aurait pu être intéressant), avant de terminer son segment principal sous acide (pas la drogue, mais bien le produit chimique), malin ! 

C’est ainsi que les lumières se rallument et nous laissent orphelins de dépravation cinématographique pour l’année à venir. Ayant fait le plein, nous retournons à la maison, pour un repos bien mérité.

NDLR : U+06e9 se cache derrière Louise...

Prix du Sadique Master Festival 2018 
Prix du Jury 

Prix du Public


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Classement personnel :
1 : Torment
2 : Dis
3 : Et le diable rit avec moi
4 : Visions Of Suffering
5 : The Defiler
6 : Eternal Craving of NeonLimbonic Climax
7 : Dead hands digdeep
8 : Man Dog Man
9 : Cat Sick Blues
10 : Night of the living sluts
11 : DeepwebXXX
12 : Les Fines Bouches
13 : Dare Divas
14 : Autopsy Lights

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