Sadique Master Festival 2019: Review complète par U+06e9

 


Comme chaque année, la crème de la crème du cinéma underground et déviant ainsi que de ses amateurs ou simples curieux étaient réunis le weekend du 1, 2 et 3 mars 2019 au cinéma Les 5 Caumartin pour Le Sadique Master Festival fondé par Tinam Bordage (relire l'interview sur La Spirale...)
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Pour cette 5ème édition, un jury des plus intéressants était réuni puisque composé de l'écrivain David Didelot et des réalisateurs Antony Hickling (autant du très symbolique Frig, projeté notamment à l’Etrange Festival 2018) et Domiziano Cristopharo, producteur du remarqué Sacrifice de la 3ème édition mais aussi de mon coup de cœur de la 4ème, Torment. Une édition également marquée par une sélection extrêmement variée de long métrages, puisque l’on va explorer des paroxysmes aussi bien comiques que contemplatifs ou carrément slasher à l’hémoglobine plus que prononcée, ainsi qu’une sélection de courts métrages particulièrement expérimentale.

photo : Isidore Ducrasse.
Vendredi 1er Mars
Quel sentiment étrange de débarquer dans cet univers, impatient d’en prendre plein la tronche, après une après midi dans un lieu hors du réel avec quelques dudes du SDH qui me tiendront compagnie pendant une bonne partie du festival. Entrée dans la salle, mot de bienvenue, présentation du jury, court métrage de No Reason, récurrents du festival à présent, trailer du Frig cité plus haut, et c’est parti pour Framed, de Marc Martinez Jordan qui va fait plus qu’entrer dans la matière. Sous fond de twitch amélioré servant de vie par procuration (Framed, qui donne donc son nom au film), une bande de timbrés aussi sadiques que déjantés décident de pousser le vice jusqu’au bout en streamant des massacres en direct. Ils vont s’en donner à cœur joie avec une équipe de jeunes fêtards dans une grande maison, ingrédients parfaits du bon vieux home invasion des familles. Film sans temps morts, aux acteurs impeccables (le leader des bad guys avec sa coupe rappelant le « mec-sombre-et-intuable-qui-tue-tout-le-monde » de Battle Royale, qui pour le coté sadique et pervers se serait tapé le protagoniste d’Orange Mécanique), qui pousse tous les potards à fond, pour donner au spectateur fictif du film mais aussi aux vrais, dans la salle, le spectacle qu’ils méritent, posant par la même la question de la violence dans la culture du « plus vivant que la vie », le tout saupoudré d’une synthwave bien fichue.



Après cette déculottée, et une petite pause, puis projection de cinq minutes d’une perle oubliée du cinéma expérimental, Opera Mortem, ou musique bruitiste côtoie des tableaux étranges, tels qu’un unijambiste gambadant dans des escaliers ou des asticots particulièrement vivaces. C’est étrange, mais prenant, tant qu’on en reprendrait bien un peu plus, afin de tripper un peu plus longtemps.  Projeté hors compétition, House Of Flesh Mannequins de Domiziano Cristopharo, remonté pour l’occasion, s’avère être d’un tout autre genre, prenant appui sur des références très étranges pour déstabiliser son spectateur. De fait, on y trouve en vrac des éléments du giallo (appel aux couleurs, film à ambiance), mais des dialogues parfois assez cheap que l'on croirait sortis d’un film érotique des années 80's. L’histoire étant celle d’un homme au passé et aux activités étranges (se livrant au film et à la photo de diverses déviances) qui va être confronté au regard d’une femme qui s’intéresse de plus en plus à lui. Le mélange déstabilise mais le final donne toute sa consistance au film. Fait plus que notable, le film fut interrompu par un bug sonore particulièrement violent et expérimental qui fut le principal sujet de discussion à la sortie de la séance, on apprendra par la suite que le système son de la salle à cramé en pleine séance, ajoutant à l’aura perturbante du film, en tirant au passage une image furtive immortalisée par tous les spectateurs.


Samedi 2 Mars 
C’est après une bonne journée de repos que l’on entame une nuit placée sous le signe de la déviante singularité du cinéma underground. Cette fois, la soirée s’ouvre avec Enter The Deep, de Alan Garcia, film qui s’avèrera unanimement décevant (NDLR : sauf TH qui l'a défendu bec et casquette le jour d'après sur FB), parlant d’un étudiant qui, préparant une thèse sur le fondateur de Wikileaks se retrouve embourbé dans les méandres du deep web… On pourra reprocher au film que malgré son prémisse intéressant, il ne fait qu’effleurer la surface, étant même bien moins glauque que certains contenus accessibles publiquement sur Bestgore ou même certaines pages Facebook. De plus, une demi-heure de plus n’aurait pas été de refus, ce qui place ce métrage tout juste au niveau d’un film de fin d’étude (et encore, les excellents souvenirs de Et le Diable Rit Avec Moi de Rémy Barbe me rappellent à l’ordre).
 
Le film suivant, introduit par un court métrage signé de RealisticFX, les zozos ayant déchainé vomit et boyaux de silicones en direct live l’année passée, offrent la même ambiance crasseuse à l’image, un bon défouloir que l’on préfèrera tout de même en spectacle, s’avère bien plus sombre et intriguant. 

Ainsi, Xpiation, de Domiziano Cristopharo, nous plonge dans la quête d’une femme à travers la mutilation progressive d’une racaille notoire, matérialisant à travers son acolyte/esclave drogué jusqu’à l’os sa prise de contrôle sur une société en perdition, via le sadique et la deshumanisation de sa/ses victimes. Cristopharo est passé expert dans l’art de filmer la torture au sens large, la perdition du corps, et s’en donne à cœur joie, avec notamment, une fois n’est pas coutume au Sadique Master, une explosion de parties intimes au marteau particulièrement dégueulasse. Se délectant d’un final plus que signifiant, ce film, particulièrement singulier, s’en sort par le poids de l’expérience, bien mieux que celui de la veille et mérite qu’on s’y intéresse.
 
La nuit étant tombée, c’est désormais avec le sommeil qu’il va également falloir lutter. Ceci dit, Brutal, de Takashi Hirose, ne manquera pas d’occasion de réveiller une foule calmée par la contemplation de Xpiation. En effet, l’histoire de deux tueurs en série particulièrement hardcore (le Japon, ça plante des tournevis partout et égorge à tours de bras, sans aucun remords), qui vont se trouver, et se découvrir, tant sentimentalement, que dans leur déviance respective. Aussi bourrin qu’intimiste, il en deviendrait presque émouvant de voir ces deux tarés éprouvent autre chose que de la haine pure, car ici c’est bien une perle d’écriture qui se dévoile sous nos yeux, ne laissant personne indifférent dans la salle.

Enfin, le dernier film de la nuit est annoncé d’office comme une partie de franche rigolade sous une tonne de fausse hémoglobine visqueuse, Clownado, signé de Todd Sheets, pas la peine d’en dire plus. Bon en fait si, des clowns dans une tornade, sérieusement, SÉRIEUSEMENT. Un background bien débilo mais que fait le boulot, des héros WTF au possible (un Elvis noir qui fait du kungfu), c’est n’importe quoi, ça passe crème avec quelques bières et des pop-corns, on se marre comme des fous, ça ne sera jamais le film de l’année, ça ne prétend pas l’être mais c’est un moment unique de partager ça avec les spectateurs courageux à 4 heures du matin. La séance ayant été précédée d’un question réponses avec le très sympathique réalisateur (et jury) de Xpiation.
 
photo : Émeric Gallego
Dimanche 3 Mars
Session cours métrages, mais avant tout, remerciement de nos hôtes, du jury, et remise des prix. Ainsi, Framed remporte le prix du jury, pour son inventivité, et son contenu à la fois intelligent et extrême, et la perle Brutal remporte quant à lui le prix du public, et mais aussi une mention spéciale du jury, pour son originalité et sa narration aussi touchant que violente. Les courts métrages de cette année s’avèrent particulièrement courts, beaucoup reposant sur des idées plus que sur des scénarios, nous découvrons donc : Auopssessed dans lequel un docteur bizarre étripe la patiente/fantasme lui faisant du charme sous son regard séducteur (?), Lovesick dans lequel une créature alien se tripote joyeusement comme tout être humain qui se respecte, le plus développé et intéressant Muil sur un homme qui va assouvir son fantasme d’être dévoré par une grande créature (vorarephilie), le 3D et épileptique Altered Beast, sorte de Cyriak sous acide (oui, c’est possible), le bizarroïde 
The Dwarfs, le très particulier My Fashion Nightmare, et enfin le troublant Rosalita, sélection qui clôture avec brio ce festival.
 
Le Sadique Master Festival demeure l’évènement cinématographique le plus étrange du pays, et non seulement pour les amateurs du genre mais également pour les curieux venus par hasard, c’est l’occasion de découvrir des œuvres uniques, mais aussi de passer un bon moment avec des gens atypiques et fort sympathiques (dédicace à monsieur CACA), ou de prendre des live improvisé de noise music par le système son qui a implosé, une expérience hors du commun, à renouveler sans modération. A l’année prochaine ! 
U+06e9

   

Sadique Master Festival 2019   

Prix du Public : Brutal 

 

Prix du Jury : Framed



Classement U+06e9 :
Long métrages_
1 : Brutal
2 : Xpiation
3 : Framed
4 : Clownado
5 : House Of Flesh Mannequins
6 : Enter The Deep


 Court métrages_
1 : Muil
2 : Opera Mortem
3 : Auopssessed
4 : Court Métrage de RealisticFX
5 : Altered Beast
6 : Rosalita
7 : The Dwarfs
8 : Lovesick
9 : My Fashion Nightmare


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