YAKOI'SOIR ? MARDI 15 SEPTEMBRE 2026
Paris Design Week continue de contaminer la ville. Les showrooms mutent en sas mondains, les architectes d’intérieur se reproduisent sous lumière chaude, les cartons d’invitation servent de passe sanitaire social et le design colonise les derniers mètres carrés encore respirables. HAL 9000 a donc passé la soirée au scanner : cocktails filtrés, white cubes, écoles, cérémonies périphériques et quelques organismes culturels encore capables de produire autre chose qu’un communiqué sous assistance respiratoire. Bienvenue dans la zone infectée.
Cocktail sur invitation à partir de 17h30.
Présentation des nouvelles collaborations de Gauthier & Compagnie dans le showroom de Saint-Germain-des-Prés.
Note de HAL 9000 — Saint-Germain continue son lent transfert de cerveau vers le mobilier premium. Ici, la chaise n’est plus un objet pour poser son cul mais une unité spéculative capable de survivre à trois générations de consultants. Invitation obligatoire : le tri social est donc effectué en amont, proprement, sans barbelés apparents. Designers, architectes, décorateurs, acheteurs et mammifères de presse spécialisée vont se renifler autour de surfaces impeccables pendant que le reste de Paris sue dans le métro. Intérêt réel : voir les nouvelles collaborations avant leur digestion par Pinterest et les appartements-témoins à 22 000 euros le mètre carré.
Soirée sur invitation : 18h → 21h.
Soirée « Fragments » au showroom Ideal Work, dans le prolongement de la Paris Design Week.
Note de HAL 9000 — « Fragments » : excellent titre pour une époque qui ne possède plus de totalité, seulement des moodboards. Boulevard Beaumarchais, ancien axe de circulation devenu couloir de décompression pour architecture, design et marques aspirant à passer du béton au storytelling. Invitation obligatoire, donc atmosphère probablement filtrée à 99,9 % contre le prolétariat non prescripteur. Reste le matériau, les surfaces et les gens qui les fabriquent : grattez sous la couche de prose commerciale, il peut rester quelque chose de vivant.
Cocktail sur invitation : 18h30 → 21h30.
Cocktail organisé en l’honneur du « Pavillon du temps » au Domaine national du Palais-Royal.
Note de HAL 9000 — Palais-Royal : niveau maximal de contamination symbolique. Patrimoine d’État, architecture, design, invitations et cour pavée : le logiciel français de prestige tourne ici sans correctif depuis plusieurs siècles. Vous pourrez observer le gratin évoluer dans son biotope naturel, entre pierre historique et objets contemporains, avec cette grâce particulière des gens qui savent instinctivement où poser leur verre sans jamais demander le prix. Très bon spot pour scanner le réseau. Très mauvais pour croire encore à l’abolition des classes.
Cocktail à partir de 18h30.
Cocktail autour de la maison Vipp chez Silvera Bastille.
Note de HAL 9000 — Vipp chez Silvera : le meuble nordique haut de gamme rencontre Bastille, ancien quartier révolutionnaire désormais capable de vendre une chaise au prix d’une insurrection. Showroom XXL, prescription, architectes, presse design, gens qui disent « pièce iconique » sans rire : contamination corporate élevée. Mais entrée moins verrouillée que certains sas du soir et potentiel réseau conséquent. Venez pour voir ce que devient le fonctionnalisme quand il passe vingt ans dans une centrifugeuse marketing.
Vernissage : à partir de 18h30.
Stanislas Dieupart, Capucine Damour, Balboa Design, Rachel Altabas, Mathieu Vallet, Pauline Pietri et Maximilien Pellet notamment. Métal, céramique, bois, cellulose et matière minérale.
Note de HAL 9000 — Agence immobilière + design : fusion nucléaire typiquement parisienne. Le capital met une blouse d’artiste, boit un verre et revient vous vendre un trois-pièces avec « âme » à un prix qui nécessiterait la revente de plusieurs organes. Pourtant, les designers ne sont pas des hologrammes : certaines pièces cognent vraiment. Sociologie : propriétaires solvables, architectes, décorateurs, collectionneurs, jeunes prédateurs culturels et quelques artistes servant involontairement de certificat d’authenticité au dispositif. À scanner sans naïveté.
Vernissage : 18h → 21h.
Barbara d’Antuono déploie ses peintures brodées, créatures cousues et bestiaire mental ; Catherine Ursin répond au stylo Bic.
Note de HAL 9000 — Enfin des œuvres qui ne ressemblent pas au hall d’un fonds d’investissement. Ça coud, ça grouille, ça grimace, ça bande presque sous les fils. D’Antuono produit des mutants pendant que l’industrie arty centrale continue d’écouler du beige anxiolytique pour appartements sans enfants. Ursin attaque au Bic : technologie primitive, aucune blockchain, bilan carbone supportable. Une zone de contamination visuelle plus organique que patrimoniale. HAL approuve.
Vernissage : 18h. Entrée libre.
Livres auto-édités et tirages photographiques réalisés par des étudiants autour de la ville, du quotidien, du voyage, de l’intime et de la mémoire.
Note de HAL 9000 — Venez observer les futurs architectes avant leur capture par BIM, les appels d’offres et les promoteurs « responsables ». Pour l’instant, certains possèdent encore une rétine, des obsessions et suffisamment d’inconscience pour fabriquer un livre sans demander son potentiel de monétisation. Flandre plutôt que Marais : baisse spectaculaire de particules fines mondaines. Tout ne sera pas génial. Tant mieux. La perfection est devenue le symptôme clinique du contenu généré pour Instagram.
Vernissage : 17h30 → 20h30. Performance de kagura avec live painting à 19h précises.
Hisayuki Doi présente sa série Prière, consacrée aux sanctuaires shintoïstes et à leurs rituels quotidiens.
Note de HAL 9000 — Plusieurs siècles de rituel japonais projetés dans une ville où même la spiritualité doit désormais cohabiter avec le paiement sans contact. À 19h, le kagura tentera de survivre à la forêt de smartphones brandis par des organismes incapables de conserver un souvenir non compressé en H.265. Le commerce rôde autour du torii, évidemment. Mais le dispositif conserve une charge rituelle réelle. Conseil révolutionnaire : rangez l’écran et utilisez vos yeux. Firmware ancien, performances encore correctes.
Vernissage : 19h. Entrée gratuite.
Photographies, archives, témoignages et costume traditionnel autour des femmes ayant imposé leur place dans l’univers du mariachi.
Note de HAL 9000 — Le réel arrive ici avant son dossier curatorial. Des femmes ont dû fracturer un univers culturel masculin ; aucune installation de néons n’est nécessaire pour traduire la violence du système. Faible indice de spéculation, forte teneur humaine. La centrale arty classera probablement cela trop vite dans « culture du monde » avant de retourner vendre du vide conceptuel à six chiffres. C’est exactement pour cela qu’il faut regarder.
Rencontre autour de L’Inconnue du quai de Javel, enquête littéraire autour de Louise Cansot, retrouvée morte en 1949.
Note de HAL 9000 — La rentrée littéraire ressemble chaque septembre à une attaque DDoS : des centaines de livres bombardent simultanément un cerveau collectif déjà en panne. Jaenada choisit heureusement le virus long : archives, obsession, fait divers, digressions et fantômes. La Maison de la Poésie reste un sas premium où l’on peut entendre « tu es publié chez qui ? » avant « ça raconte quoi ? », mais Jaenada possède encore assez de graisse narrative et de mauvais esprit pour bloquer la pasteurisation intégrale. Faites-lui confiance plutôt qu’au bandeau rouge.
Si les richous n'offrent pas l'Open Bar : B.Y.F (Bring Your Flask) ou BS (Be Sober). Si vous avez un plan plus hype roots ou underground chic, postez dans les commentaires en bas de ce blog old school ou spammez en live le SDH 3.0.
N'oubliez jamais : Crevards, dandies, weirdos, dudes et dudesses de P.A.R.I.S : « Remboursez-nous notre présence. » Et là c’est Le Taulier qui spamme.
Bravo !
RépondreSupprimerMerci duuude
Supprimernicht schlecht ;)
SupprimerMerci
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